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10 QUESTIONS À...

Martin Saladin

Chef de la Direction de la promotion économique du SECO

10+ questions à Martin Saladin

Lors du troisième After Work Talk d’Equality4Tourism, nous avons eu le plaisir d’accueillir Martin Saladin, chef de la Direction de la promotion économique du SECO. La discussion avec Marcelline Kuonen (Canal9 | Kanal9) au Klub am Bärenplatz à Berne a donné lieu à un échange ouvert sur les caractéristiques personnelles, la conception de la direction, la diversité – et l’avenir du tourisme suisse.

1. si tu étais un tribunal, qu’est-ce que tu serais ?

« macaronis des Alpes ». En guise de prélude, les choses sont devenues personnelles. Il a parlé de son attachement au terroir, des pommes de son propre arbre, de son rôle aux fourneaux (« Je suis responsable de la cuisine suisse ») et de son enfance dans le Schwarzbubenland soleurois – une région peu touristique, mais aux racines fortes.
« Il est toujours bon de savoir d’où l’on vient », disait-il. Cette attitude se retrouve dans sa pensée : connaître ses origines permet d’être plus ouvert à d’autres perspectives.

2. ton parcours professionnel ?

Sa carrière l’a conduit très tôt à l’étranger. Pendant plusieurs années, il a vécu et travaillé dans la coopération au développement, notamment en Tanzanie et au Ghana. Les expériences faites avec des projets menés par des femmes ont été particulièrement marquantes pour lui. Ceux-ci étaient souvent plus durables, plus prudents dans l’utilisation des ressources et plus axés sur les effets à long terme. L’enseignement le plus important qu’il a tiré de cette période : ne pas donner de leçons, mais apprendre. Faire preuve d’humilité plutôt que de vouloir tout savoir.

3. quelles sont les meilleures pratiques pour tes tâches actuelles que tu as ramenées « dans ton sac à dos » de la coopération au développement ?

Il est possible de faire beaucoup avec peu de moyens si les bons partenaires sont impliqués. En Suisse, le potentiel est particulièrement important. Il existe de nombreux acteurs* engagés, des réseaux et des compétences. Il est décisif de les relier de manière ciblée plutôt que de vouloir tout résoudre seul.

Il a cité les équipes mixtes et les modèles de top sharing comme meilleures pratiques. D’après son expérience, ces derniers sont les plus performants, car ils rassemblent des points de vue différents issus de différents environnements de vie et de travail. C’est justement cette diversité qui permet de trouver des solutions plus viables.

4. que signifie l’égalité pour toi ?

Pour lui, la situation idéale serait atteinte si l’on ne devait plus en parler. L’égalité ne signifie pas que tous sont ou doivent être égaux, mais que tous ont les mêmes chances. Les différences de conditions sont une réalité, ce qui compte c’est l’accès équitable aux possibilités.

5. ce que les hommes et les femmes apportent de façon complémentaire aux équipes

Les hommes ont tendance à être plus téméraires et à prendre des décisions plus rapidement. Les femmes, en revanche, prendraient plus souvent des mesures correctives lorsqu’un projet évolue dans une mauvaise direction.
Pour lui, la force réside précisément dans cette combinaison : vitesse et réflexion, courage et correction. De bonnes décisions sont prises lorsque ces dynamiques sont équilibrées. Pour lui, une décision n’est vraiment prise que lorsque cet équilibre est atteint.

6. partage de poste : comment cela fonctionne-t-il concrètement ?

Il ne cherche pas des « couples », mais des équipes de partage de poste qui se présentent délibérément comme telles. Il recrute systématiquement en fonction des performances, car ce qui compte, ce sont les compétences. Si, à qualifications égales, il y a le choix entre une femme et un homme, on opte délibérément pour la femme. Si deux hommes ont les mêmes qualifications, la diversité des régions linguistiques est prise en compte, par exemple par une préférence pour les candidats de Suisse romande ou du Tessin. « Nous gagnons grâce à la diversité », a déclaré Saladin, et cette exigence n’est pas seulement formulée au SECO, mais activement revendiquée.

7. la diversité est-elle pertinente dans le domaine de la promotion économique ?

Oui, la promotion économique ne s’adresse pas seulement aux visiteurs internationaux, mais aussi aux touristes* dans leur propre pays. La mobilité, la gastronomie, l’hébergement ou les offres de loisirs doivent tenir compte des différents besoins et refléter la diversité de manière visible. L’hospitalité implique également de s’adresser à des personnes différentes : Les femmes et les hommes, les différents groupes d’âge, les personnes ayant des réalités de vie différentes. Pour refléter la société, il faut penser à la diversité. Face à la pénurie de personnel qualifié, il n’y a en outre pas d’autre choix que de recruter plus largement et d’agir de manière plus inclusive.

8. avec Innotour, la Confédération encourage des projets innovants – comment la durabilité sociale est-elle prise en compte ?

Les projets soutenus sont principalement ceux qui ont une approche innovante et durable du développement. Les programmes tels qu’Innotour ont souvent un impact important sur la dimension écologique. Parallèlement, la question de savoir comment la durabilité sociale peut être systématiquement prise en compte et garantie se pose de plus en plus. Traditionnellement, la composante économique est fortement prise en compte dans la promotion économique. Mais on prend de plus en plus conscience que le tourisme durable n’est efficace que si les aspects écologiques, sociaux et économiques sont considérés ensemble. L’accessibilité, l’intégration des générations et les nouvelles formes de participation gagnent en importance.

9. quels conseils nous donnerais-tu pour la soumission de projets ?

Il est important de ne pas penser les projets de manière trop étroite en tant que niche, mais d’aller délibérément plus loin et de rechercher des approches interentreprises. La confiance en soi est tout aussi essentielle : se présenter avec conviction, indiquer clairement sa propre valeur ajoutée et ne pas abandonner trop vite en cas de revers. C’est précisément lors des demandes de subventions que l’on constate que la confiance dans l’idée et la clarté sont décisives.

10. les conditions-cadres actuelles sont-elles suffisantes pour permettre une véritable conciliation ?

En tant qu’employeur, la Confédération peut utiliser certaines marges de manœuvre : Les parents peuvent réduire leur activité professionnelle jusqu’à 20 pour cent pendant trois ans et ont ensuite le droit d’augmenter à nouveau leur temps de travail pendant trois années supplémentaires. Des congés prolongés non payés sont également possibles. En même temps, les possibilités sont limitées par l’utilisation responsable de l’argent des contribuables. Il est donc d’autant plus important que les employeurs agissent avec flexibilité dans ce cadre et permettent des solutions créatives.

11. existe-t-il des exemples tirés du secteur privé qui pourraient servir d’inspiration ?

Dans le secteur privé, il existe de nombreuses approches, notamment en matière de politique familiale, de modèles de travail flexibles ou de soutien à la garde d’enfants. Mais il est également clair que de telles mesures doivent pouvoir être financées. La Confédération tente également d’apporter son soutien, par exemple par le biais de contributions aux crèches ou de conditions-cadres flexibles pour les collaborateurs.

12. comment la nouvelle génération change-t-elle la manière d’aborder l’égalité ?

Pour les jeunes générations, l’égalité n’est souvent plus un thème explicite, mais une pratique vécue. Les modèles de travail et de vie sont pensés de manière plus flexible, les rôles sont davantage équilibrés. Cette évolution corrige prudemment mais efficacement les structures existantes, non pas par l’idéologie, mais par la pratique quotidienne.

13. que peuvent faire concrètement les hommes ?

Les hommes doivent être davantage responsabilisés. L’égalité n’est pas une question exclusivement féminine. Les rôles doivent être partagés activement et les responsabilités assumées en toute connaissance de cause, y compris dans le travail familial.

14. beaucoup de femmes en formation – peu à des postes de direction : Où est le problème ?

Dans le tourisme, de nombreuses femmes sont bien formées, mais leur part dans les postes de direction est en nette diminution. L’opportunité est souvent manquée là où les modèles de travail ne sont pas assez flexibles et où la conciliation n’est pas prise en compte. Les carrières de direction échouent moins en raison des compétences que des structures.

15. 45 % de femmes dans le tourisme, moins de 30 % dans la direction : que peut faire une « instance de promotion » comme le SECO ?

En tant qu’instance de promotion, le SECO peut surtout sensibiliser, inciter et agir par le biais de multiplicateurs. Des initiatives comme Equality4Tourism jouent un rôle important à cet égard. Les quotas réglementaires sont difficiles et ne sont pas souhaités politiquement. Au lieu de cela, des facteurs doux agissent : visibilité, modèles, travail de persuasion et messages clairs. L’orientation vers les ODD peut également aider à rendre les progrès mesurables.

16. que pouvons-nous faire à petite échelle – et faut-il des ambassadeurs* ?

Chacun et chacune peut faire bouger les choses dans son propre domaine d’action. Le changement a besoin de personnes qui montrent une attitude, abordent des thèmes et entraînent les autres. Parallèlement, les projets à long terme sont de plus en plus confrontés au besoin d’agilité. La promotion économique et le tourisme ne peuvent plus fonctionner comme il y a dix ans. La flexibilité et la capacité d’adaptation sont des conditions essentielles.

17. quelles sont tes attentes à l’égard de chacun d’entre nous ?

L’ouverture, la coopération et le soutien mutuel permettent de façonner le changement. Les réseaux, l’échange et l’apprentissage commun sont des leviers essentiels. Equality4Tourism peut être une plate-forme, un amplificateur et une source d’inspiration. Pour que la diversité ne reste pas seulement un thème, mais qu’elle déploie ses effets.

Carole Ackermann

Présidente de l’EHL – École hôtelière de Lausanne
CEO & Co-Fondateur Diamondscull

10+ questions à Carole Ackermann

Dr Carole Ackermann est depuis 2020 présidente du conseil de fondation et du conseil d’administration de la prestigieuse école hôtelière EHL de Lausanne. Elle s’engage pour la promotion des talents et le développement du secteur de l’accueil. Elle est également CEO et copropriétaire de la société d’investissement DiamondScull AG, qui soutient des start-ups. Outre ses activités au sein de différents conseils d’administration, elle s’est longtemps engagée en tant que chargée de cours à l’université de Saint-Gall (HSG). Grâce à sa longue expérience dans la gestion d’entreprise, la formation et le capital-risque, elle contribue activement à façonner l’avenir du tourisme.

1. le thème de la diversité – nous ne parlons pas seulement de la diversité des sexes, mais aussi de l’âge, de l’origine culturelle, etc. – a actuellement beaucoup de vent contraire, notamment en raison de la situation politique. Quelles sont tes réflexions à ce sujet ?

Je ne suis pas choqué, mais il est étonnant de voir ce qui se passe aux Etats-Unis en termes de démesure pour et contre – mais nous sommes en Suisse ! Nous devrions toujours en prendre conscience et nous concentrer sur nous-mêmes. Ces dernières semaines, j’ai reçu un grand soutien pour la diversité et l’inclusion lors du Women in Leadership Event à l’EHL. L’important est d’agir là où nous, chacun d’entre nous, pouvons contribuer au changement.

2. le sujet reste-t-il donc important ou est-il plus important que jamais ?

Oui, le succès vient de la continuité et non d’un va-et-vient frénétique. La situation géopolitique actuelle, les changements technologiques et sociaux modifient les exigences dans le domaine de l’hospitalisation et nous devons intégrer différentes perspectives. La question est de savoir comment transmettre aux étudiants les compétences adéquates pour suivre le rythme de ces changements. Des équipes diversifiées et un comportement inclusif sont essentiels pour encourager des modes de pensée différents et trouver des solutions créatives.

3. quelles sont les compétences de leadership nécessaires pour diriger des équipes aussi diverses ?

Voir le sens de son propre travail, la clarté de ce que l’on représente et de la manière dont on veut agir, et transmettre ces convictions, c’est un bon début. Les étudiants et les travailleurs d’aujourd’hui sont de plus en plus orientés vers le « purpose » – ils veulent savoir pourquoi ils font quelque chose et quelle contribution ils apportent. Cela crée de la confiance. En tant que dirigeant, il faut pouvoir percevoir différentes perspectives sans perdre l’orientation et la concentration et donner une direction claire. Il s’agit de créer un environnement dans lequel les différents modes de pensée sont valorisés et les différentes approches évaluées avant de s’engager dans une voie. Il est également essentiel d’intégrer les bonnes personnes dans l’équipe, c’est-à-dire de recruter de manière ciblée des talents complémentaires. Et enfin, l’écoute est essentielle. En tant que cadres, nous pouvons apprendre chaque jour de nos collaborateurs. Un bon dirigeant écoute d’abord – et dirige ensuite.

4. comment un conseil d’administration peut-il exercer une influence au niveau opérationnel pour promouvoir la diversité sans trop s’immiscer dans les opérations ?

En tant qu’organe, le conseil d’administration est responsable de la direction suprême et engage donc également le bon dirigeant en tant que CEO. Outre l’expérience, les qualifications professionnelles et le potentiel, il faut également qu’il ou elle partage les valeurs de l’entreprise. Le choix des bonnes personnes est essentiel pour garantir une équipe de direction solide.

La composition du conseil d’administration peut également contribuer à promouvoir la diversité dans l’entreprise. Une remise en question régulière de la composition, même si les statuts prévoient une durée maximale de présence, en fait partie. Mais une présidente doit être consciente du fait que les différentes expériences et compétences professionnelles et personnelles nécessitent généralement un échange ou un ajustement plus important. Il faut du temps pour que les différentes équipes parviennent à une bonne solution – mais cela a aussi des avantages : Ce qui n’est pas clair est abordé, les points aveugles sont mis en évidence et les résultats sont finalement plus largement partagés.

5. diversité signifie aussi diversité des âges. Les jeunes membres du conseil d’administration peuvent-ils assumer une responsabilité aussi importante ?

La qualité d’un conseil d’administration dépend de la diversité des connaissances et des expériences de ses membres et de leur bonne interaction en tant qu’équipe. Le savoir et les connaissances des jeunes en font également partie. Ce sont justement les jeunes ou les nouveaux membres qui posent parfois des questions prétendument « naïves » ou qui n’osent pas poser une question délicate – mais ce sont souvent celles qui sont critiques et qui n’ont pas été remises en question depuis longtemps. Diriger signifie ici donner confiance et espace aux jeunes ou nouveaux membres, les écouter et les familiariser avec la culture et la stratégie de l’entreprise.

6. quels sont les défis qui influencent particulièrement l’activité de RV ?

Sur le plan géopolitique, nous traversons une période de grande incertitude. Le tourisme est particulièrement exposé – on l’a déjà vu pendant la pandémie de COVID. Les développements politiques aux États-Unis, au Moyen-Orient, en Ukraine ou encore en Chine ont des répercussions directes sur les flux de visiteurs internationaux et donc sur l’ensemble du secteur. La numérisation est un autre thème important. Elle ne modifie pas seulement les processus de travail administratifs, mais aussi la manière dont les offres touristiques sont développées et commercialisées. Pour l’EHL, l’évolution du paysage de la formation dans son ensemble est bien sûr également importante. Il existe aujourd’hui un nombre énorme de possibilités de formation continue et nous constatons que les parcours de formation classiques sont de moins en moins linéaires. A l’avenir, il est possible qu’un diplôme de bachelor ne soit plus obligatoirement demandé après la maturité ou qu’il ne soit accepté qu’après quelques années d’expérience professionnelle.
Dans l’ensemble, nous assistons également à une nette accélération des processus de changement. Auparavant, des business plans détaillés étaient établis et suivis pour quatre à cinq ans – aujourd’hui, il est souvent difficile d’établir un budget solide pour l’année suivante. Cela exige une toute nouvelle agilité et capacité d’adaptation de la part des entreprises, des dirigeants et des collaborateurs.

7. c’est encore un argument en faveur d’une plus grande diversité, pour justement mieux répondre à cette agilité. Tu investis également dans de jeunes start-ups. Quelles sont tes réflexions sur l’investissement dans les jeunes start-ups ?

Le plus important est l’idée elle-même – elle doit être compréhensible, facilement modulable et trouver un marché suffisamment grand. Et puis, bien sûr, les fondateurs et l’équipe sont décisifs. Il faut une énorme disponibilité et une volonté tenace de tenir bon en cas de revers. Et n’oublions pas qu’il faut souvent aussi une part de chance.

8. grâce à ton activité d’investissement dans des start-ups, tu t’imprègnes également de l’état d’esprit de la jeune génération. Le monde des start-up a-t-il beaucoup changé au cours des dernières années ?

Oui, sans aucun doute. J’investis depuis 20 ans déjà, et le monde des start-up a beaucoup changé. La concurrence entre elles s’est nettement accrue, mais il existe en même temps beaucoup plus d’offres de soutien, notamment dans les premières phases. Dans l’ensemble, le business des start-up est aujourd’hui beaucoup plus commercial et professionnel qu’auparavant.

9. le tourisme est notre véritable secteur d’activité. Quel est l’impact des défis actuels sur le tourisme et quels sont ceux que tu considères comme les plus importants ?

Dans nos régions, le tourisme a un problème de relève – nous avons urgemment besoin de plus de personnel qualifié. Il est certes dommage que la moitié des étudiants de l’EHL ne travaillent pas dans le secteur de l’accueil après leurs études, mais c’est un fait. Avec HotellerieSuisse en arrière-plan, mais aussi l’International Advisory Board, nous essayons de remédier à cette situation en mettant en avant l’attrait du métier et les défis passionnants qu’il représente.
Si les étudiants sont utilisés dans les entreprises comme main-d’œuvre bon marché, sans leur offrir une véritable valeur ajoutée pour leur formation, nous ne rendons pas service à la branche. Je souhaite que les CEO s’entretiennent au moins une fois avec les étudiants pendant un stage. Ils peuvent faire une grande différence, ils sont des modèles et peuvent faire comprendre de manière convaincante que le tourisme est un secteur merveilleux pour des carrières intéressantes. Outre ces défis, il existe également de nouvelles tendances attrayantes : le tourisme culturel et le tourisme d’aventure sont en plein essor. Le tourisme est la troisième industrie mondiale et continue de croître – c’est formidable. La question sera de savoir comment rendre cette croissance durable.

10. le tourisme suisse veut être le plus durable au monde. Comment réussir le grand écart entre l’overtourisme et les marchés lointains ?

En Suisse, nous avons la chance de pouvoir facilement mettre en scène la proximité avec la nature de manière durable – pas de Disneyland sur la montagne. Pas besoin de champagne ni de caviar sur le Gornergrat. Au lieu de cela, les expériences authentiques et locales nous conviennent à merveille. Je préfère m’asseoir à la table d’une famille de boulangères dans le Jura plutôt que de faire la queue sur une montagne d’excursion. Il s’agit d’attirer l’attention de nos hôtes sur la diversité des expériences en leur proposant des offres attrayantes, avec un choix entre aventure, plaisir et activités culturelles ou sportives. Nous devons également réfléchir à la place que les voyageurs en groupe doivent occuper à l’avenir et à ce que nous pouvons proposer pour répondre à leurs besoins.

11. la demande d’expériences touristiques durables et authentiques augmente. Le tourisme se fait sur place. Comment y intégrer les avantages de l’IA ?

L’IA jouera surtout un rôle dans le « back-office », c’est-à-dire dans la gestion des réservations, la connaissance des clientes, le marketing, la maintenance, ou la planification de l’exploitation. Ces aspects peuvent être rendus plus efficients et efficaces par l’utilisation de l’IA. Mais sur le terrain, en contact direct avec le client, l’interaction avec les personnes reste décisive.
Grâce à l’utilisation de l’IA, la clinique Schulthess a par exemple optimisé les tableaux de service de telle sorte que le personnel soignant a pu participer de manière déterminante à la détermination des horaires de travail. Cela a énormément augmenté la satisfaction des collaborateurs et réduit le taux de fluctuation. Ce genre de choses peut également être utilisé dans d’autres secteurs.

12. quelles compétences devons-nous donner aux étudiants en tourisme pour qu’ils puissent faire face à ces défis ?

Premièrement, les étudiants doivent apprendre à utiliser les nouvelles possibilités technologiques. Deuxièmement, ils doivent développer une solide compréhension des outils commerciaux et, de manière générale, des connaissances en matière d’entrepreneuriat, ce qui inclut les techniques de créativité. Et troisièmement, ils doivent apprendre les soft skills, comme par exemple comment traiter avec respect les clients de différentes cultures. Nous recommandons en outre à nos entreprises d’aménager les postes de travail et les tâches de manière plus flexible. Il est préférable de renoncer aux heures de chambre et de donner aux collaborateurs deux jours de congé d’affilée.

13. tu as dit tout à l’heure que les possibilités de formation continue sont extrêmement variées et que les gens n’ont même plus besoin d’un diplôme de bachelor. Comment vois-tu l’évolution ?

Ce que je voulais dire, c’est qu’il y a aujourd’hui beaucoup moins de parcours de formation rectilignes. Le bachelor ne doit pas nécessairement être le début d’une formation. Aujourd’hui, on mixe beaucoup plus, on se forme dans plusieurs domaines et on change aussi plus facilement de secteur. L’époque où l’on définissait clairement un parcours professionnel en début de carrière est révolue. Il est désormais important de continuer à se former tout au long de sa vie. Ce n’est pas seulement passionnant, c’est aussi une nécessité pour rester « attractif » à long terme. Les employeurs qui encouragent activement cette démarche et offrent aux collaborateurs la possibilité de le faire sont très demandés.

Pour beaucoup de personnes travaillant dans le tourisme, il ne reste plus beaucoup d’argent à la fin du mois pour s’offrir une formation continue. En conséquence, les employeurs doivent développer davantage le potentiel de développement de leurs collaborateurs. Mais en même temps, certains hôtels sont tellement à court de personnel qu’ils ne peuvent pas se passer de leurs employés pendant deux jours. Comment cela fonctionne-t-il ?

C’est vrai, l’EHL a proposé des cours de management de trois jours en collaboration avec HotellerieSuisse, que nous avons finalement dû annuler parce que les collaborateurs ne pouvaient pas s’absenter trois jours dans leur établissement. Actuellement, nous menons une étude qui doit montrer qu’il vaut la peine d’investir dans la formation continue de ses propres collaborateurs et que cela est financièrement rentable à long terme. Il est clair que les petits hôtels sont confrontés à des défis plus importants. Il faut donc trouver des solutions plus créatives et plus accessibles pour intégrer la formation continue dans le travail quotidien sans que les collaborateurs soient absents trop longtemps.

15. que devons-nous faire dans le tourisme pour qu’il y ait plus de femmes à des postes de direction ?

Il faut plus de visibilité et comprendre que ce n’est qu’ensemble que nous trouverons des solutions. Nous devons nous soutenir mutuellement et tirer à la même corde avec les hommes pour faire progresser le tourisme. L’initiative Equality4tourism en fait par exemple partie.

Carole Hauser

Directrice de l’hôtel Belvedere Grindelwald. Membre de la direction de l’association HotellerieSuisse, membre du comité de l’association Equality4Tourism.

10 questions à Carole Hauser

L’hôtel 4 étoiles supérieur Belvedere à Grindelwald est une propriété familiale depuis 1907 et a été repris par la 4e génération en décembre 2023. L’hôtel est dirigé par Carole et Philip (frère et sœur, 4e génération) et Susanne (tante, 3e génération). Avec un Bachelor de l’Université de Saint-Gall (HSG), un Executive MBA de l’Ecole Hôtelière de Lausanne (EHL) et des expériences à Londres, Carole apporte une approche innovante dans le secteur traditionnel.

1. comment as-tu décidé de participer à la création de l’entreprise familiale et d’assumer des responsabilités de direction ?

Enfants, mon frère et moi avons appris très tôt ce que cela signifiait de gérer une entreprise. En grandissant, j’ai surtout été attiré par la flexibilité (équilibre entre vie professionnelle et vie privée) et le contact avec les hôtes, en plus du fait que nous puissions travailler et vivre à Grindelwald dans le plus bel endroit du monde. Aujourd’hui, après un séjour de quatre ans à Londres, je me réjouis en outre de pouvoir participer à la création d’un lieu de travail pour nos hôtes, où non seulement tout le monde se sent bien, mais où des amitiés se nouent pour la vie et où le travail est effectué avec plaisir.

2. comment t’es-tu préparé à cette responsabilité de direction ? Est-ce que cela a été différent pour toi que pour ton frère ?

Nos parcours jusqu’ici ont été en partie identiques et en partie très différents. Ce que nous avons en commun, c’est que nous avons tous les deux fait notre bachelor à la HSG. Ensuite, nous avons pris d’autres chemins. Il a également fait un master à la HSG et a acquis de l’expérience professionnelle dans différents hôtels en Suisse et en Norvège. J’ai fait un bref EMBA à l’EHL, puis je suis parti quatre ans à Londres, où j’ai travaillé dans une start-up spécialisée dans le marketing numérique pour les hôtels et dans une société de conseil pour les investisseurs hôteliers. Bien que nous ayons tous deux acquis de l’expérience dans l’hôtellerie, nous avons acquis des expertises très différentes, ce qui nous renforce et nous complète aujourd’hui en tant qu’équipe de direction.

3. votre entreprise est l’un des premiers membres d’Equalit4Tourism. D’où vient votre motivation ?

La société est diverse. Il est donc important pour nous d’être diversifiés dans notre entreprise. Nous employons un bon mélange de personnes : Des femmes, des hommes, des apprentis aux personnes proches de la retraite, des personnes queer et des personnes handicapées, nous sommes riches en culture et couvrons plus de 10 nations. Nous sommes très fiers de la diversité dans notre entreprise. En devenant membre d’Equality4Tourism, nous espérons pouvoir continuer à aborder ce thème, car la diversité, l’égalité et l’inclusion sont un processus permanent. La première table ronde m’a tellement convaincue, l’énergie dans la salle était incroyable ; c’est pourquoi il a été facile pour nous de décider de devenir membre d’Equality4Tourism afin de nous engager ensemble pour un secteur touristique égalitaire.

4. pourquoi le thème de la diversité est-il si important pour toi en tant que dirigeant ?

La diversité est importante pour nous, car la diversité nous permet d’élargir nos connaissances et notre expérience. Nous avons créé une culture,
, dans laquelle nos co-hôtes peuvent s’impliquer et exprimer ouvertement leurs idées. Selon la taille des idées, celles-ci sont traitées par des équipes plus importantes. Cela signifie que les changements de processus ou les nouvelles mises en œuvre d’idées prennent souvent un peu plus de temps chez nous, mais qu’ils sont bien pensés et soutenus par l’équipe.

5. nous entendons souvent cet argument. Que dirais-tu à un président qui a un poste vacant à pourvoir pour son équipe ou son comité et qui avance l’argument suivant : « Que ce soit un homme ou une femme, nous avons simplement besoin des meilleurs » ?

Je suis tout à fait d’accord avec le fait que nous voulons les meilleures personnes pour les postes mis au concours. Mais ce n’est pas tout. Différents aspects entrent en jeu – la culture d’entreprise interne ainsi que des facteurs externes.

En interne : S’il existe par exemple dans une entreprise une culture qui discrimine les femmes d’une manière ou d’une autre ou qui n’est pas ouverte aux femmes, il ne sera pas possible de trouver une femme qui souhaite y travailler. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de femmes compétentes pour ces postes ! En se basant sur l’apparence extérieure de l’entreprise, il est déjà possible de tirer les premières conclusions sur la culture d’entreprise – j’entends par là le site web, l’annonce d’emploi, la présence dans les médias sociaux, la présence médiatique, etc.

Des facteurs externes : Lors de la première table ronde d’Equality4Tourism, j’ai appris que de nombreuses femmes hésitent beaucoup plus à postuler pour des postes parce qu’elles pensent ne pas remplir tous les critères requis. Les hommes, en revanche, semblent postuler dès qu’ils pensent que seuls quelques points leur conviennent. Si j’en avais été consciente plus tôt, j’aurais postulé à beaucoup plus de postes. Pour moi, cette information arrive trop tard, mais j’espère que ce n’est pas le cas pour quelques femmes qui lisent ces lignes. Nous, les femmes, continuons à grandir dans un monde patriarcal où nous apprenons directement et indirectement ce en quoi nous, les femmes, sommes douées et où se trouvent nos faiblesses. Combien d’entre nous croient/ont appris à croire que nous ne sommes pas douées pour la pensée analytique ou les chiffres et que nous ne pouvons donc pas postuler à des postes de direction ? A mon avis, beaucoup trop !

6. le présent Equality Report Swiss Tourism – 2024 montre que les femmes sont toujours sous-représentées dans les organes stratégiques et dans les fonctions de direction du tourisme. Quelle est, selon toi, la principale raison de cette situation ?

Outre les facteurs susmentionnés, je pense qu’il manque des modèles, une représentation. Il y a encore très peu de femmes dans les postes de cadres et de niveau C, et elles ne sont pas assez montrées dans les médias, les conférences et les écoles. Si les jeunes femmes voyaient davantage de femmes à des postes de direction, elles sauraient dès leur plus jeune âge qu’il est possible pour les femmes de réussir au sommet.

7. que peuvent faire les entreprises et les organisations pour changer cela ?

Ce qu’il faut aussi, ce sont de meilleures politiques/directives dans les entreprises et dans la politique. Les modèles sont par exemple la Suède avec le congé parental au lieu du congé de maternité. A cet égard, la mentalité doit également évoluer dans notre culture. Il s’agit de parentalité et non de maternité. Il ne s’agit pas que l’homme aide à la maison, c’est un travail d’équipe. Chaque couple doit pouvoir décider pour lui-même de la manière dont il considère les enfants. Pour cela, il faut l’égalité des salaires, des structures de travail flexibles, etc. Dans les entreprises, il faut des directives anti-discrimination et anti-harcèlement, des directives claires en matière de recrutement et de promotion. Il faut parler ouvertement du sexisme, etc. Si nous n’en parlons pas, si nous n’établissons pas de directives, si nous ne sensibilisons pas nos semblables à ce sujet et si nous ne donnons pas activement l’exemple, nous ne pouvons pas non plus espérer de progrès.

Dans notre manuel du co-hôte, par exemple, nous indiquons clairement que nous défendons la diversité et que nous respectons chaque personne. Nous, la famille, vivons cela aussi. Pour l’avenir, nous avons prévu des formations supplémentaires, que ce soit en matière de harcèlement moral ou sexuel ou encore de « biais inconscients ». Nous ne devons cependant pas submerger les hôtes et les cadres de formations. C’est pourquoi nous sommes très attentifs à présenter notre conviction que les équipes mixtes fournissent de meilleures prestations et à nous demander régulièrement « vivons-nous vraiment la diversité ? » Cette remise en question des décisions concrètes à prendre est souvent plus efficace que des formations supplémentaires.

8. est-ce que cela tient aussi aux femmes elles-mêmes ?

De manière provocatrice, oui. Comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, nous nous mettons souvent nous-mêmes des bâtons dans les roues. Mais c’est surtout parce que nous apprenons ce que nous pouvons faire et ce que nous ne pouvons pas faire, ce pour quoi nous sommes bons et ce pour quoi nous ne le sommes pas. Nous devons remettre en question ces croyances et les briser. Si nous considérons que la Suisse n’a introduit le droit de vote des femmes qu’en 1971, nous avons déjà fait beaucoup de chemin au cours des 50 dernières années. Mais il reste encore un long chemin à parcourir, et nous, les femmes, devons aussi travailler sur nos propres croyances.

9. en tant que mentor, que dirais-tu à une jeune professionnelle qui te demande conseil pour le développement de sa carrière ?

Je découvrirais avec elle ce qui lui plaît vraiment – pas ce que la société pense qu’elle devrait aimer ou dans quoi elle pourrait être douée, mais ce pour quoi son cœur bat vraiment. Ensuite, je lui conseillerais de se créer lentement mais sûrement un réseau dans ce domaine. Qu’elle accomplisse ses tâches/travaux avec beaucoup de passion et de conscience. Qu’elle apporte son opinion et ses idées dans une entreprise. Et que pendant tout cela, elle reste ouverte à des opportunités qu’elle n’a peut-être pas prévues. Mais ce sont justement ces opportunités qui pourraient être décisives pour notre avenir.

10. que donnerais-tu à la prochaine génération ?

Je suis très heureux de voir que la prochaine génération parcourt déjà le monde avec un état d’esprit beaucoup plus ouvert. Les deux choses que je dirais ici sont les suivantes : Il est important de remettre en question les stéréotypes et de faire connaître à haute voix votre opinion sur de tels sujets !

Ce n’est qu’ainsi que nous parviendrons à convaincre la génération plus âgée et les personnes aux opinions plus conservatrices que chaque personne dans ce monde mérite le même respect et les mêmes chances.

La diversité vécue dans l'hôtellerie

Webinaire avec Carole Hauser

Nous avons eu le grand plaisir, Carole Hauser dans notre format « 10 questions à ». Carole n’est pas seulement directrice du Hôtel Belvedere Grindelwaldmais aussi membre de la direction de l’association HotellerieSuisse et membre engagé du comité de Equality4Tourism. Lors de notre entretien, elle nous a donné un aperçu de sa décision de reprendre l’entreprise familiale, de ses responsabilités en matière de gestion et de sa passion pour la diversité.

Qui est Carole Hauser ? Carole vient d’une famille d’hôteliers et a décidé de reprendre l’entreprise familiale en quatrième génération avec son frère. Tandis que son frère et sa tante gèrent les affaires opérationnelles, Carole se concentre sur des projets tels que les transformations, la numérisation et l’employer branding – des domaines qui sont souvent noyés dans les affaires quotidiennes. Cette répartition des tâches lui donne une grande flexibilité, notamment en ce qui concerne sa situation personnelle, puisque sa compagne vit à Londres. Avec son vaste bagage, notamment un Bachelor à la HSG et un EMBA en Hospitality Management de l’EHL, elle souligne l’importance de une gestion ouverte et inclusive dans l’hôtellerie. D’ailleurs, Carole est en train d’apprendre le coréen comme cinquième langue.

👉 Trois clés à retenir de l’entretien :

  • Diversité et ouverture sont des thèmes centraux dans la culture de leadership de Carole. Ses quatre années passées à Londres ont élargi son horizon et l’ont sensibilisée aux privilèges et aux différences sociales. Elle insiste sur le fait qu’un bon leader doit reconnaître et encourager la diversité au sein de son équipe pour être vraiment efficace. Pour cela, elle a besoin d’un environnement qui permette une communication ouverte avec ses collaborateurs, afin que ceux-ci soient utilisés en fonction de leurs points forts et puissent s’épanouir dans ces postes.
  • Promotion de la diversité à l’hôtel Belvedere GrindelwaldUn exemple unique est la « journée de la vague », au cours de laquelle les collaborateurs de différents départements ont un aperçu d’autres domaines tels que le service ou la réception. Cela les aide à découvrir de nouveaux intérêts. De plus, les collaborateurs peuvent amener leurs enfants pour le déjeuner, car l’hôtel prépare de toute façon une grande quantité de repas – une mesure qui montre la flexibilité et l’attention portée à l’équipe et qui permet aux parents qui travaillent de concilier encore mieux travail et famille.
  • Tradition et progrès vont de pairCarole croit fermement que la tradition et l’innovation ne sont pas contradictoires. L’Hôtel Belvedere cultive une longue histoire d’hospitalité, mais il est en même temps important de suivre l’évolution du temps et d’être ouvert aux nouvelles idées. Le progrès a toujours fait partie de la tradition de sa famille, comme par exemple l’introduction précoce par ses parents du « tutoiement » avec tous les collaborateurs, qui réduit la distance linguistique.

Tu trouveras la vidéo complète de l’entretien dans l’enregistrement vidéo du webinaire (voir ci-dessus).